Activités littéraires

de l’atelier de L’Arche

Contributions au monde littéraire

Auteur de poèmes assez nombreux, dont certains paraissent dans les journaux et revues de l’époque, avec, parfois, une illustration de sa main, Émile Vézina recevait à son atelier un autre poète, Armand Leclaire. Versatile, celui-ci passait des gazettes rimées aux sonnets galants, des paroles de chansons aux pièces de théâtre. Les deux hommes ont dû faire connaissance au Nationaliste où Leclaire commençait à publier en 1911, alors que Vézina y produisait dessins, caricatures, poèmes, critiques littéraires et artistiques depuis 1908. Pour Vézina, l’atelier du 22, rue Notre-Dame est un lieu d’écriture autant que de peinture ; il y possède une bibliothèque et c’est là qu’il rédige ses essais, ses critiques d’art, ses études littéraires pour certaines desquelles il utilise le pseudonyme de Jules Gagnon.

Roger Maillet, dit Messire Jehan Fridolin, « Nos escholiers », première chronique dans le premier périodique créé par les Casoars, en 1914, Le Réveil, et qui ne connut que deux livraisons.

Le groupe qui investit L’Arche en 1913, composé d’étudiants de l’Université Laval de la rue Saint-Denis, compte dans ses rangs plusieurs journalistes actifs au Nationaliste, au Devoir, au Canada. En novembre 1914, au terme de son interview de Jehan Fridolin – autrement dit de Roger Maillet –, qui paraît dans Le Nationaliste, Victor Barbeau mentionne expressément que son article a été rédigé à L’Arche en compagnie de Philippe La Ferrière. À partir d’octobre 1915, alors que le groupe crée son hebdomadaire L’Escholier, le grenier de la rue Notre-Dame sert de bureau de rédaction. La Ferrière, qui est le principal occupant de l’atelier, y écrit les proses poétiques qu’il donne à L’Escholier et quelques articles pour d’autres journaux.

En décembre de la même année, deux événements donnent à L’Arche une impulsion littéraire supplémentaire : une conférence d’Ubald Paquin, qui porte sur les Universités au Moyen Âge, inaugure la série des galas de L’Arche qui s’échelonneront jusqu’en juin 1917. Puis, la parution, dans L’Escholier, de la premières des « Satires d’un Poète » d’Édouard Chauvin, signée du pseudonyme Halluciné, va donner naissance en 1918 à Figurines, recueil emblématique de L’Arche et du Quartier latin dont la plupart des poèmes ont été rédigés – et déclamés – dans la mansarde de la rue Notre-Dame.

Bientôt, L’Arche, grâce à L’Escholier et à ses galas, devient le confluent d’un mouvement littéraire qui ne cesse de s’affirmer. Ainsi, une rubrique, « Les poètes du Quartier latin », est créée dans l’hebdomadaire estudiantin, et des poésies y paraissent, expressément datées de L’Arche. Dans le vaste atelier, Marcel Dugas répète la conférence qu’il doit donner sur Péguy et il en profite pour abreuver ses confrères du poème La Jeune Parque de Paul Valéry qui vient de supplanter la gloire désormais flétrie d’Anna de Noailles… Les galas de L’Arche se partagent entre littérature et musique. Philippe Panneton, Paul Ranger, Joseph Girouard, Honoré Parent, René Chopin, lisent de leurs propres œuvres, tandis que d’autres Casoars comme Antoine Maltais et Roland Maillet, lisent les œuvres des confrères absents. Des poètes comme Lionel Léveillé, Albert Dreux, Robert de Roquebrune se sont retrouvés dans la mansarde de la rue Notre-Dame.

Plus secret et hélas ! perdu, le « livre de raison  » de la Tribu des Casoars, le Piscatoritule, servait de conclusion aux soirées de L’Arche. Œuvre collective, chacun y inscrivait au jour le jour pensées ou poésies et peut-être quelque croquis. Il n’en subsiste qu’une seule entrée, celle de Philippe Panneton, alors surnommé le Sphinx d’Halifax, avec une ballade alexandrine, « Morbidesse casoarique », datée de 1917 et cryptée « Piscatoritule, XXII, 41 ».

Quant à Roger Maillet, pour un court temps, il se fera éditeur pour Le Mauvais passant d’Albert Dreux en 1920, ainsi que pour Vivre ! d’Édouard Chauvin et Les Alternances d’Alphonse Beauregard en 1921, avec une couverture dessinée par Albert Ferland, autrefois du 22, rue Notre-Dame Est…

Albert Dreux, Le Mauvais Passant, 1920. Ce recueil porte diversement la marque de L’Arche : il est écrit par un familier des lieux, Albert Dreux (Albert Maillé), il est édité par le Casoar Roger Maillet, il comporte à l’intérieur un dessin du Casoar Isaïe Nantais, l’illustrateur de L’Étudiant, et neuf de ses trente-deux poèmes sont dédicacés à des habitués de L’Arche.

Si nombre d’articles de L’Escholier et autres périodiques sont rédigés à L’Arche, lorsque la couvée des Casoars prend son envol, ses membres continuent d’écrire dans plusieurs journaux et produisent des ouvrages reconnus : Édouard Chauvin, Figurines (1918), Albert Dreux, Le Mauvais passant (1920), Victor Barbeau, Les Cahiers de Turc (1921), Ubald Paquin, Jules Faubert, roi du papier (1923), Jean Chauvin, Ateliers (1928), Léo-Pol Morin, Papiers de musique (1930), Philippe La Ferrière, Rue des Forges (1932), Ringuet (Philippe Panneton), Trente arpents (1938) – pour ne nommer que ceux-là et leur premier ouvrage. Ajoutons que du temps même où L’Arche était son refuge, Marcel Dugas connut sa période la plus prolifique car il fit paraître Feux de Bengale à Verlaine glorieux (1915), Psyché au cinéma (1916), Versions (1917) et Apologies (1919), et rédigea de nombreux poèmes en prose dont certains parurent d’abord dans les journaux montréalais, avant de prendre place dans Confins (1921) et Flacons à la mer (1923). .

Pour ce qui est de l’époque des peintres de la Montée Saint-Michel, nous ignorons s’il y eut des activités littéraires à L’Arche. Parmi les membres du groupe, Jean-Onésime Legault et Joseph Jutras possédaient des bibliothèques d’importance – Jutras a même dressé l’inventaire de sa bibliothèque. D’autre part nous savons qu’Ernest Aubin aimait faire la lecture à ses comparses Martel et Proulx du recueil Les Quatre vents de l’esprit de Victor Hugo et qu’il lisait des nouveautés romanesques comme Les Fantômes blancs d’Azylia Rochefort – illustré, il faut dire, par son ami Serge Lefebvre, qui l’avait précédé à L’Arche…

Marcel Dugas, Feux de Bengale à Verlaine glorieux, 1915. Donnée plusieurs fois en conférence à Montréal et à Québec, et reprise en 1928 sous le titre Verlaine, cette étude connut aussi divers avatars sous forme de poèmes en prose. Sur cette page couverture, dans un encadrement Art Nouveau qui sied bien au sujet en question, on remarquera que le prix du volume est indiqué en francs et non en dollars canadiens – Dugas escomptant la vente de sa brochure davantage en France qu’au Canada…

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